CROSSING LINES, ERASING HISTORIES: AN AUTOPSY OF A BODY-LANDSCAPE

TRAVERSER LES LIGNES, EFFACER LES HISTOIRES : UNE AUTOPSIE D’UN CORPS-PAYSAGE

2025 Galerie B-312, Montréal

EN
This body of work explores the border as an agent of landscape transformation and is the result of two residencies. At the beginning of my research, I spent six weeks in Calais, near the French‑British border, observing the migratory situation around the English Channel. Later, I took part in another two‑week residency near the border between Canada and the United States, in southern Quebec. These two experiences, offered by Espace Adélard, enriched my reflections and my research, and played an important role in the transition between the first and second phases of my work. Centered on the notions of erasure and transformation, the project investigates experimental ways of materializing these ideas within its physical form.

FR
Ce corpus explore la frontière comme agent de transformation du paysage et résulte de deux résidences. Au début de mes recherches, j’ai passé six semaines à Calais, près de la frontière franco‑britannique, afin d’observer la situation migratoire autour de la Manche. Plus tard, j’ai participé à une résidence de deux semaines près de la frontière entre le Canada et les États‑Unis, au sud du Québec. Ces deux expériences, offertes par Espace Adélard, ont nourri mes réflexions et mes recherches, et ont joué un rôle important dans la transition entre la première et la deuxième phase de mon travail. Porté par les notions d’effacement et de transformation, le projet explore des manières expérimentales de matérialiser ces idées dans sa forme physique.

Photos : Guy L’Heureux at Galerie B-312

The paintings placed on the floor are made with acrylic on panels that I built from recycled wood taken from transport pallets. This material is omnipresent in precarious landscapes. In the temporary shelters of displaced people, one almost always finds pallets and blue tarps. To materialize the notion of erasure within the work, the paint on the wood was sanded down at several stages of the creation process.
All ten paintings in this series are based on photographs I took of the White Cliffs of Dover during an artist residency. This is the first landscape one sees when crossing the English Channel legally, a landscape that displaced people are forbidden to see due to the heavy surveillance and militarization of this maritime route. They are forced to take longer and more dangerous trajectories. The large suspended painting is also made with acrylic on a 12 × 10 ft tarp.

Les peintures posées au sol sont réalisées à l’acrylique sur des panneaux que j’ai fabriqué à partir de bois recyclé provenant de palettes de transport. Il s’agit d’un matériau omniprésent dans les paysages précaires . Dans les abris temporaires des personnes exilées, on retrouve presque toujours des palettes et des bâches bleues. Pour matérialiser l’idée d’effacement dans l’œuvre, la peinture sur bois a été sablée à plusieurs étapes du processus de création. Les dix peintures de cette série sont toutes basées sur des photos que j’avais prises des falaises blanches de Douvres pendant une résidence. Il s’agit du premier paysage que l’on aperçoit lorsqu’on traverse la Manche légalement, un paysage auquel les personnes exilées n’ont pas accès en raison de la forte surveillance et de la militarisation de cette route maritime. Elles sont forcés d’emprunter des trajectoires plus longues et plus dangereuses. La grande peinture suspendue est également réalisée à l’acrylique sur une bâche de 12 X 10 pi.

The floor installation is the most recent component of the project. It also marks a transition toward the second phase of this research. The installation is composed of soaps made from hardwood ash. The soaps are then molded and placed on a bed of ash.
This installation examines the history of the region surrounding the Canada–U.S. border in the 19th century and the transformation of its landscape. To convert forests into agricultural land, settlers had to burn immense quantities of wood, which gave rise to the potash industry. Potash is obtained by soaking or boiling ashes in water. It served as an agricultural fertilizer, a bleaching agent for paper, and a raw material for soap production. The processes used to produce potash generated extremely toxic fumes and vapors.
During this same period, the events known as the Underground Railroad were also taking place: a network made up of Black people and their allies who helped others escaping enslavement reach the North. Although slavery had been abolished a few decades earlier than in the South, the mentality of exploiting resources and the labor of others had not disappeared. Many of these individuals therefore worked in large numbers in the emerging potash industry.
To produce these soaps, I collected ashes from farms in the southern Quebec region and made potash using distilled water. I then created the soap experimentally to highlight this history, a symbol of cleansing that today, is weaponized to dehumanize and ultimately erase precarious people in various situations. In Calais for example access to hygiene is extremely restricted for displaced people.

L’installation au sol constitue le volet le plus récent du projet. Elle marque également une transition vers la deuxième phase de ces recherches. L’installation est composée de savons produits à partir de cendre de bois franc. Les savons sont ensuite moulés et déposés sur un lit de cendre.
Cette installation se penche sur l’histoire de la région entourant la frontière canado-américaine au XIXᵉ siècle et sur la transformation de ce paysage. Pour convertir les forêts en terres agricoles, les colons ont dû brûler d’immenses quantités de bois, ce qui a donné naissance à l’industrie de la potasse. La potasse s’obtient en faisant tremper ou bouillir des cendres dans de l’eau. Elle sert de fertilisant agricole, d’agent de blanchiment pour le papier et de matière première pour la fabrication du savon. Les procédés de production de la potasse généraient des fumées et des vapeurs extrêmement toxiques.
À cette même époque se déroulaient également les événements connus sous le nom de Chemin de fer clandestin : un réseau composé de personnes noires et de leurs allié·e·s qui aidaient d’autres personnes réduites en esclavage à s’échapper vers le Nord. Bien que l’esclavage ait été aboli quelques décennies plus tôt qu’au Sud, la mentalité d’exploitation des ressources et du travail des autres n’avait pas disparu. Ces personnes ont donc travaillé en grand nombre dans la nouvelle industrie de la potasse.
Pour produire ces savons, j’ai récolté des cendres dans des fermes de la région du sud du Québec et j’ai fabriqué de la potasse avec de l’eau distillée. J’ai ensuite créé le savon de manière expérimentale afin de mettre en lumière cette histoire. Un symbole du nettoyage qui, aujourd’hui, est aussi utilisé comme une arme pour déshumaniser des personnes précaires dans différentes situations. À Calais, par exemple, l’accès à l’hygiène est extrêmement restreint pour les personnes exilées.

This project was made possible with the financial support of the Conseil des arts et des lettres du Québec.

Ce projet a été réalisé grâce au soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec.